« Respire, c’est de l’iode » par Anny Duperey

Avr
JEU 23
20h
Lectures
Gratuit
Il faudrait ouvrir de nouveaux théâtres !
Anny Duperey

L’avenir de la Scène nationale d’Aubusson est aujourd’hui suspendu à des choix politiques sur la gouvernance, la propriété et la rénovation du Centre Culturel et Artistique Jean Lurçat qui l’accueille. Entre la détérioration du bâtiment, l’absence d’unanimité pour sa rénovation et le risque d’être sans lieu pour la rentrée, de nombreux soutiens affluent, que ce soit au niveau des usagers*, des partenaires ou des artistes, dont Anny Duperey qui viendra le 23 avril marquer son attachement à cette scène. Rencontre !

TJL : Quel est votre premier souvenir en tant que spectatrice au théâtre ?
Anny Duperey : À Rouen à l’époque il y avait un cirque qui faisait théâtre. Pierre Brasseur et Catherine Sauvage y jouaient un couple dans  » Cet animal étrange  » de Gabriel Arout d’après Anton Tchékhov. Je me souviens surtout de l’exclamation de Brasseur changeant de costume : le régisseur avait rallumé la lumière trop tôt. On avait vu Brasseur se rhabiller et il avait crié « ah merde ! » Ça m’avait frappé qu’un comédien puisse s’autoriser cela sur scène !

TJL :Quel est votre plus beau souvenir avec le public ?
AD : Il y en a tellement ! Je vais vous en raconter un où je me suis dit que ça ne m’arriverait plus jamais de ma vie ! Je jouais alors « Oscar et la dame rose » une pièce tirée du roman d’Eric-Emmanuel Schmitt mise en scène par Joël Santoni. Après 6 mois d’exploitation à Paris, j’étais en tournée sur les routes de France, dans le Midi. Nous étions en voiture non loin d’une ville où je me produisais quelques jours après. Le directeur du théâtre appelle l’administrateur en disant « C’est plein, on a vendu les 600 places et on a refusé 500 personnes. Que fait-on ? » « Pouvez-vous rappeler les 500 personnes ? »  « Oui on a leur contact… » « Alors du tac au tac j’ai répondu : on va jouer 2 fois de suite ! » Et c’est comme ça que la 1ère représentation a été avancée, j’ai joué 1h50, seule en scène à interpréter plusieurs personnages, puis 45 mn de pause (« Parfait c’est le temps qu’il nous faut pour vider la salle » dixit le responsable du théâtre) et hop je suis remontée sur les planches pour jouer une seconde fois. Vous savez, dans l’excitation et l’énergie du moment, on le fait !

TJL :Il y a un risque de fermeture du théâtre Jean Lurçat. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
AD : Non seulement il ne faut pas fermer les théâtres mais il faudrait en ouvrir de nouveaux ! Car il y a une nouvelle donnée cruciale à avoir en-tête : l’IA arrive. Bientôt on pourra faire dire n’importe quoi au cinéma à un comédien en doublant sa voix, en littérature qui va écrire quoi à la manière de…, ça va être terrifiant ! Que va-t-il rester d’authentique ? Des êtres humains vivants face à d’autres humains !  Là, sur une scène, on ne peut pas tricher. On est sûr qu’on ne peut pas être trompé. L’IA ne peut pas remplacer quelqu’un de vivant ni transmettre des émotions ! J’espère donc que l’IA va profiter au théâtre ! J’ai bon espoir que finalement le spectacle vivant bénéficie des effets déréalisants de l’IA. Les gens voudront du vrai, du réel, de l’original.

TJL : Que diriez-vous à quelqu’un qui n’est encore jamais allé au théâtre ?
A.D. : Il y a quelques semaines à Paris, j’allais au théâtre pour y jouer. Je croise un couple d’une soixantaine d’années sur le trottoir qui m’aborde pour me dire combien ils m’ont appréciée dans « Une famille formidable », etc… « Et que faites-vous là ? » me demandent-ils. Je leur montre l’affiche au-dessus du théâtre qui indiquait la pièce en cours avec mon nom. « Ah vous jouez là ! Mais vous savez, me dit l’homme, je ne suis jamais allé au théâtre de ma vie ». « Eh bien vous savez ce qu’il vous reste à faire, me suis-je exclamée, prenez un billet et entrez ! ». À la fin de la pièce, le couple m’attendait à la sortie du théâtre. « Mon dieu mon dieu ! Je ne savais pas que ça pouvait être si bien !! » s’est écrié le monsieur. « Alors ça y est, vous allez recommencer maintenant ! » lui ai-je répondu. Il n’y a pas d’âge, il fallait juste essayer !

TJL :Qu’allez-vous nous partager lors de cette soirée de soutien au Théâtre Jean Lurçat ?
A.D. : Je viens de publier « Respire, c’est de l’iode ! (et autres évocations libres) » et j’en ferai la lecture. Je reviendrai sur les petites phrases qui m’ont marquée au long de ma vie pour en explorer les multiples facettes, personnelles ou artistiques. À travers des anecdotes souvent hilarantes et parfois très émouvantes, je raconterai les coulisses des tournages et des planches, tout autant que mon rapport à la célébrité ou mon jardin secret de la Creuse.

*Un collectif des usagers du CCAJL s’est constitué pour faire valoir leurs droits à des services publics artistiques et culturels. Leur contact : sauvonsleccajlaubusson@gmail.com